En 1889, le Français Étienne-Jules Marey avait enregistré les premières suites de prises de vues instantanées sur bandes de nitrate de cellulose (dont 420 sont conservées), sans toutefois parvenir à les projeter, ce qui ne le chagrinait pas car son but scientifique était l’analyse des mouvements par la photographie rapide (chronophotographie) et non leur représentation en tant que spectacle6, même si son assistant Georges Demenÿ avait eu l’idée en 1892, de visionner puis de projeter de telles bandes découpées sur son phonoscope à disque, selon le principe et la durée cyclique des jouets optiques. Dès mai 1891, les Américains Thomas Edison, l’inventeur du phonographe, et surtout son assistant et premier réalisateur du cinéma, William Kennedy Laurie Dickson, produisaient et tournaient quelque soixante-dix films, enregistrés avec le kinétographe et visionnés individuellement par le public à l’aide du kinétoscope7. Les premières projections de films non photographiques sur grand écran devant un public payant dataient d’octobre 1892, trois ans avant celles des frères Lumière, avec Émile Reynaud qui peignait directement sur la pellicule les premiers dessins animés du cinéma dont la durée était déjà de plus d’une minute8.